Je suis entrée en sixième en 2001. J'étais plutôt timide, réservée. Peut être un peu fragile, car mes parents venaient de divorcer, et moi, ma grande s½ur et mon grand frère vivions donc chez notre mère.
Dès le début du collège, il semblait que ma tête ne plaisait pas à tout le monde. On (les sixième et d'autres plus vieux) me regardait avec un sourire en coin parfois. Ce qui a bouleversé ma vie a ce moment la, surtout, c'est l'arrivée d'un nouveau dans notre classe, 3 mois après la rentrée. A lui non plus, ma tête ne plaisait pas. Il était grande gueule et s'est très vite fait plein d'amis (tous garçons), qui le suivaient tout le temps.
La suite n'est pas difficile à imaginer : cette bande garçons (6/7) ne m'ont plus lâchée d'une semelle, car, par manque de chance, je les ai eus 4 ans dans ma classe (soit TOUT le collège). Ils ont fait de moi leur bouc émissaire, et celui de toute l'école par la même occasion.
Au début, ça commençait "petit" : il me faisait des remarques, riaient de moi. Des moqueries de gamin. Mais ça a dérapé assez vite : ils me harcelaient partout. Dès le matin, dans les rangs avant d'aller en cours, en cours même, dans le self, à la sortie des cours, dans le car... Ils m'insultaient tout fort parfois. Mais le pire, c'était plutôt tout ce qu'ils me susurraient... En cours, ils aimaient s'assoir tout autour de moi, et me chuchotaient plein de trucs : juste assez fort pour que je puisse entende, mais assez bas pour que personne d'autre ne le puisse.
Comme j'étais assez seule (je n'avais pas d'amies, et il n'y avait aucun dialogue à la maison), la seule relation que j'avais, c'était seule de "dominée" par rapport à ces garçons.
Ils me hurlaient que j'étais un monstre, que j'étais dégueulasse, me traitaient de "sale cochonne, sale pute, salope". Bref. Ils se sont amusés, vers la quatrième et troisième, à me toucher. Quand on faisait la queue pour aller manger surtout. Ils se mettaient derrière moi et me touchaient les fesses, les jambes........ Après ils retiraient leurs mains en disant que j'étais "définitivement une grosse truie", pleine de graisse (j'étais un peu ronde et bourrée de complexes), une "sous-merde avec un gros cul dont personne ne veut". Il arrivait même qu'il me mettent des claques, qu'ils me fassent tomber dans les couloirs. Ils s'amusaient à creer des rumeurs... Bref un tas de choses.
J'étais absolument convaincue que j'étais un monstre, car je les croyais. Je ne leur avais rien fait, et ce n'était pas sans raison s'il me faisaient ce mal : j'étais un monstre et je devais souffrir. J'ai commencé à me mutiler à l'age des treize ans.
A la fin de mon collège (15 ans), j'ai fait une TS. Et c'est la que mes parents ont découvert mes bras blessés. Pendant 2 ans, ils n'avaient rien vu, ni les profs, ni personne d'autre. J'étais très seule et je pensais le mériter.
J'ai, au lycée, tout effacé de ma mémoire. Je ne savais pas qu'on pouvait oublier des événements, mais c'est ce qui s'est réellement passé. Ceci dit, c'est resté dans mon inconscient, je me sentais toujours inférieur aux autres. J'ai développé une double personnalité (je suis devenue extravertie et excentrique mais j'étais aussi très mal dans ma peau). Je riais tout le temps, toujours excitée, une énergie qui avait été brimée pendant 4 ans et qui n'explosait à la figure.
Quand j'ai obtenu mon Bac, ça m'a rappelé mon Brevet. Et ces garçons. Un souvenir qui s'est brusquement manifesté dans ma mémoire... Que j'avais oublié.
Et j'ai commencé à déraper sévère... je me reconsidérais comme un monstre, j'avais l'impression de ne pas avoir vécu pendant mon collège et par conséquent, n'avoir pas eu d'enfance. Avec ce bac, j'ai réalisé que je pourrais pas vivre mon enfance, c'était trop tard, j'allais avoir 18 ans. Mais je ne voulais pas grandir.
C'est là que j'ai commencé à basculer dans l'anorexie-boulimie. je me détruisais parce que je voulais remplacer ces garçons. Il fallait qu'on me fasse du mal, je ne comprenais pas que personne ne le fasse. Ils avaient rendu légitime ma souffrance. Je me faisais des séances d'auto insultes ou je prononçais (sans le savoir a l'époque) exactement les mêmes mots qu'on me disait au collège. C'est comme s'ils m'avaient possédée, qu'ils n'habitaient encore, et je ne contrôlais plus rien.
J'étais très maigre, mais je voyais toujours ce "gros cul", cette graisse objet de toutes les moqueries des années auparavant. Je ne pouvais plus penser par moi-même réellement, toutes mes phrases en pensées commençaient par "le monstre"...
Le monstre ne doit pas manger.
Le monstre ne doit pas se faire plaisir.
Le monstre doit souffrir.
Toute la journée comme cela, à culpabiliser a chaque plaisir (devenu alors très rare), ou a avaler la moindre miette.
J'ai réussi à remonter la pente grâce a ma meilleure amie surtout (que j'ai rencontré au lycée), qui m'a redonné confiance, et qui m'a beaucoup soutenue.
Mais le souvenir est là, et je n'arrive pas à m'en débarrasser. je le vis comme si j'y étais encore : j'ai l'impression de sentir leurs mains sur mon corps, leur souffle derrière moi, d'entendre leurs paroles, leurs cris, leurs chuchotement. Je peux être parano en croyant que dans la classe prépa ou je suis (ou tout le monde s entend), il y a un complot, qu'en fait ils se foutent de moi par derrière alors que ce n'est pas le cas.
A 19 ans e n'ai jamais eu de petit ami. J'ai peur qu'il me fasse mal. J'ai peur qu'ils leur ressemblent...
Je suis très touchée par ton témoignage et je me demandais si tu as porter plainte contre ces garçons je pense que tu peut le faire encore.